Un nécessaire dialogue interculturel au sein des écoles

Interpellation de Sarah Turine au Conseil Communal du 19 février 2009 sur le nécessaire dialogue interculturel au sein des écoles

Publié le jeudi 19 février 2009

Le mois dernier, le Conseil Communal a voté une motion de soutien et d’action suite à la tournure dramatique qu’a pris, ces derniers temps, le conflit israélo-palestinien.

Outre la dénonciation de l’injustice et la violence des combats menés dans cette région du monde, cette motion pointait également les inquiétudes à avoir sur l’impact de ce conflit ici à Bruxelles, notamment dans l’intensification des tensions communautaires.

Par rapport à ce dernier point, le Conseil Communal a demandé au Collège, je cite

- D’appeler au calme dans nos quartiers et d’envisager toute initiative permettant un dialogue entre les cultures dont, par exemple, l’organisation d’un événement intitulé « 24h pour la PAIX » à la Maison des cultures et de la cohésion sociale ;
- D’inviter nos écoles à mettre en place des activités permettant d’œuvrer dans le sens du dialogue interculturel ;
- De faire la lumière sur la banque DEXIA et ses filiales par rapport au financement des colonies.

L’évènement « 24h pour la Paix » a eu lieu et a présenté un bon programme de sensibilisation à la question Palestinienne. Il faut néanmoins regretter que le public présent était un public déjà bien averti et convaincu. Cela n’est évidemment pas négatif en soi, néanmoins, on peut se demander si l’objectif de permettre un dialogue entre les cultures a été atteint auprès des populations de nos quartiers…Je ne sais pas combien a coûté cet évènement, mais il vaudrait la peine de faire l’évaluation de cet évènement en mettant en lien les coûts, les objectifs et l’organisation (et notamment les moyens promotionnels mis en œuvre).

En outre, je me permets donc ici d’insister sur l’importance du deuxième point de la décision, à savoir le travail de dialogue interculturel au sein des écoles de Molenbeek. En effet, des échos que nous recevons, il semble que le conflit israélo-palestinien soit devenu l’étendard d’un combat contre l’injustice auquel nombre de jeunes et moins jeunes de nos quartiers se sont identifiés. Et face à l’expression de leur sentiment d’injustice, il apparaît que nos écoles et leurs instituteurs soient démunis d’outils appropriés pour y répondre.

Je vous donne un exemple, parmi d’autres, exemple anecdotique mais qui exprime le malaise tout à fait justifié que peut ressentir le corps professoral face à une expression collective qui les dépasse : dans une cour de récréation, il y a deux, trois semaines de cela, des enfants de 2ème et 3ème primaire ont commencé à imiter la manifestation du 31 janvier dernier en scandant « Israël, assassin, la Palestine n’est pas à toi » et se sont vus affligés d’une punition collective. La justification que les professeurs ont donné aux enfants « Si vous continuez, on va finir par dire « les Arabes dehors » ».

Au-delà de l’émotion que peut susciter le drame qui se vit au quotidien dans la bande de Gaza, il est de notre responsabilité politique de s’interroger sur les raisons qui poussent les populations de nos quartiers à tant s’identifier à ce conflit en particulier. Et l’on peut aisément comprendre que la question identitaire et communautaire qui se pose pour les populations arabes et /ou musulmanes de nos quartiers et le malaise identitaire qui fait balancer les jeunes entre ici et là-bas soit une des raisons, même si elle n’est pas la seule.

Des études de plus en plus nombreuses montrent combien Bruxelles est fragmentée en quartiers et les jeunes, en particulier, sortent peu de leurs quartiers ou en tout cas fréquentent peu et connaissent peu les autres quartiers car ils s’y sentent mal à l’aise, voire étrangers. Ils restent donc non seulement confinés dans leur zone mais également préfèrent se regrouper selon leur appartenance culturelle, ethnique et/ou du pays d’origine. Et dans les quartiers plus précarisés, comme Molenbeek en connaît, il semble que cela soit encore plus marqué.

Or peu importe de quels quartiers ils viennent, tous ces jeunes sont bruxellois et doivent pouvoir avoir les outils pour comprendre leur ville multiculturelle, pour pouvoir saisir les opportunités de s’y sentir bien et d’y construire plus tard leur vie, d’y trouver un emploi,…

Au delà de la question de la réussite scolaire, il y a l’enjeu que tous ces jeunes se sentent appartenir à la même ville. Et que lorsqu’ils sortent du quartier et qu’ils se retrouvent face à d’autre Bruxellois, issus d’autres quartiers, avec un autre bagage culturel, religieux, socio-économique et/ou scolaire, ils ne se sentent pas perdus, ni étrangers.

Pour prendre un exemple concret : quand un enfant, issu d’une famille d’origine marocaine, de religion musulmane et que tant dans son quartier qu’à l’école, il fait partie du groupe majoritaire, que cet enfant reste confiné dans ce quartier où il se sent bien, sans doute aussi parce qu’il a le sentiment de faire partie du groupe majoritaire et qu’il se sent donc chez lui, en terre connue, et qu’il n’a pas d’occasion d’être confronté à d’autres réalités de vies pourtant existantes à Bruxelles, quand cet enfant grandit et que plus tard, il sort du quartier et se retrouve confronté à d’autres réalités de Bruxelles où il est loin de correspondre à la majorité, comment peut-il se sentir chez lui, comment peut-il ne pas être mal à l’aise, s’il n’a jamais pu sentir, apprendre l’importance de l’interculturalité dans une ville cosmopolite comme Bruxelles ?

Pour éviter cet effet de ghettoïsation qui, semble-t-il, a tendance à croître, le politique doit prendre ses responsabilités. Une des pistes, mais certainement pas la seule, est de travailler avec l’école à l’ouverture à l’autre et au dialogue interculturel. Mais comme je le disais, malheureusement, nos professeurs ne peuvent pas porter toutes les missions de la société et ils n’ont pas nécessairement les outils appropriés pour faire ce travail. Mais des associations d’éducation permanente, d’éducation à la citoyenneté, existent et peuvent entrer dans l’école pour les aider. Je pense donc que c’est aux pouvoirs publics et notamment communaux de prendre les initiatives allant de ce sens et d’aider les écoles à entreprendre de telles démarches.

Sarah Turine