L’action Sport à l’école

Interpellation de Sarah Turine au Conseil Communal du 18 décembre 2008 sur l’action sport à l’école

Publié le jeudi 18 décembre 2008

Cette année, comme chaque année d’ailleurs, les parents d’enfants fréquentant les écoles communales de Molenbeek reçoivent un courrier les invitant à acheter des bics dans le cadre de l’action Sport à l’école du COIB, pour financer l’achat de matériel sportif pour l’école.

Vu les problèmes financiers que connaissent les écoles, nous pouvons comprendre que les écoles mettent en place des actions de récolte de fonds comme un marché de Noël, un souper spaghettis,…

Néanmoins, en regardant les détails de l’ action « sport à l’école », on ne peut être que sceptique de la réelle opportunité de l’organiser et ce pour 3 raisons :

- Les bics sont vendus au prix de 3 euros dont 1,5 seulement est pour l’école.

Où va le reste ? L’année dernière l’action a permis de récolter plus de 15 millions d’euros. C’est-à-dire que 5 millions de bics se sont vendus dans les écoles de la Communauté Française. 7,5 M d’euros sont revenus aux écoles pour l’achat de matériel sportif. Les 7,5 autres millions d’euros sont revenus au COIB. Ce genre de bic, quand il est fabriqué en si grande quantité coûte moins de 30 centimes la pièce et est en plus souvent réalisé dans des conditions sociales et environnementales désastreuses ! Si on estime le cout de revient à 2,5millions d’euros, le COIB a gagné 5 millions d’euros dans l’action. Qu’en a-t-il fait ? C’est donc autant une récolte de fonds pour le COIB que pour les écoles.

- L’école est poussée par le COIB à organiser une réelle compétition entre les élèves et entre les professeurs à celui qui vendra le plus de bics : Le meilleur vendeur élève sera verra offrir un stage sportif AGPM, le meilleur prof, deux tickets de cinéma au Kinépolis !

Il ne faut pas s’opposer systématiquement à l’esprit de compétition, mais mettre en compétition les enfants sur le fait d’être des bons ou mauvais vendeurs manque complètement de déontologie ! Non seulement ce n’est pas ce que l’école primaire est censée leur apprendre comme compétence, mais en plus les enfants n’ont en fait aucun poids dans le résultat, étant donné que ce sont leurs parents qui vont décider ou non d’acheter des bics !

- Cette action du COIB est faite en partenariat avec des acteurs privés, Walibi et Kinépolis. Au-delà de l’utilisation de la mascotte qui si elle fait chavirer les cœur des petits fait aussi clairement la publicité pour un acteur privé, l’offre de réduction sur l’entrée d’adultes à Walibi et l’offre de tickets de cinéma à Kinepolis pour les professeurs sont clairement et sans détour des intrusion publicitaires au sein de l’enceinte scolaire.

L’article 41 du Pacte scolaire interdit toute activité et propagande politiques ainsi que toute activité commerciale dans les établissements d’enseignement organisés par les personnes publiques et dans les établissements d’enseignement libres subventionnés. De même, cet article interdit toute pratique déloyale dans la concurrence entre les établissements susvisés. Depuis un peu plus d’un an, une commission autonome a été mise en place pour juger s’il y avait infraction à cet article.

En avril dernier, lors de l’action sport à l’école, j’avais demandé à Yves Reinkin, député ecolo à la Communauté Française d’interpeller le Ministre Dupont. Et à mon grand soulagement, Monsieur Dupont rejoignait la position d’Ecolo, à savoir que la compétition suscitée entre élèves de primaire pour la vente de stylos à bille afin de financer l’opération "Sport à l’école" est peu opportune et piège les élèves, et que ce n’est donc pas une bonne manière d’assumer la gratuité de l’enseignement primaire. Le Ministre a alors souhaité que la Commission autonome se saisisse du dossier.

Néanmoins, aujourd’hui, le COIB relance l’action plus tôt dans l’année. En attendant que l’avis de la Commission autonome ne soit connu, on peut aussi agir au niveau communal.

Si le Collège est soucieux, comme nous, d’assurer toute la déontologie nécessaire au bon fonctionnement de l’école, ne serait-il pas opportun de conseiller aux écoles communales de ne plus participer à cette action ? Quels sont les montants d’ailleurs récoltés ? Ne peut-on pas imaginer de mettre en place une autre récolte de fonds plus éthique et plus en adéquation avec les préceptes fondamentaux de l’école ?

Sarah Turine